IPO SpaceX: la confirmation d’une bulle boursière?

Récemment, je m’interrogeais sur la possibilité d’une bulle de l’IA, remake de la bulle internet des années 2000. L’introduction en Bourse (IPO) imminente de SpaceX constitue une illustration parfaite des dynamiques d’une bulle en formation.

Le projet est titanesque : dominer le secteur aérospatial mondial grâce aux lanceurs réutilisables ! Et saturer l’orbite terrestre avec la constellation Starlink pour fournir Internet. L’entreprise prévoit de lever 75 milliards de dollars, propulsant sa valorisation globale à un niveau stratosphérique de 1 770 milliards de dollars. Cette IPO géante s’inscrit en plein boom de l’IA. Elle est portée par une ferveur populaire où la foule achète un narratif. Mais quand est il des fondamentaux comptables?

Annoncée comme la plus grosse IPO de l’histoire, elle cristallise plusieurs comportements typiques de l’euphorie financière. D’abord une déconnexion face à la valorisation. Ensuite un effet FOMO généralisé (Fear of Missing Out c’est à dire la peur de rater le train).

Le grand public cherche par tous les moyens à participer à cet événement historique. Cette hâte occulte souvent les risques. Historiquement, l’accélération d’IPO surévaluées et portées par la ferveur populaire est un signal avant-coureur classique d’un sommet de marché.

Alors, faut-il tout couper, céder au FOMO ou adapter sa stratégie ?

1. Les IPO, indicateurs de bulle spéculative

En finance, l’accélération et l’engouement autour des introductions en bourse (IPO) sont des thermomètres cruciaux de la surchauffe des marchés.

  1. L’euphorie collective : En période de bulle, les investisseurs forment un ensemble indivisible guidé par l’enthousiasme. Les entreprises en profitent pour s’introduire sur le marché à des prix stratosphériques.
  2. L’attrait des narratifs : Les émetteurs conçoivent des histoires puissantes (comme l’IA ou l’espace) pour capter massivement les capitaux des particuliers, qui achètent sans analyser les bilans comptables.
  3. Le signal de fin de cycle : Historiquement, les vagues d’IPO géantes et surévaluées surviennent souvent en fin de cycle haussier, lorsque l’optimisme est à son maximum avant un retournement.

Robert Shiller, prix Nobel d’économie, que j’affectionne particulièrement, a théorisé le concept d’exubérance irrationnelle qui caractérise ces phases de surchauffe boursière.

Shiller a démontré que la formation d’une bulle repose sur deux piliers psychologiques fondamentaux :

  1. La force des narratifs économique : Sujet central de son livre Narrative Economics, il explique que les marchés sont menés par des récits populaires qui se propagent comme des virus. Une belle histoire (comme la conquête spatiale ou la révolution de l’IA) captive les esprits et pousse les investisseurs à acheter une promesse, au mépris des réalités comptables.
  2. L’indicateur Shiller CAPE : Cet outil de valorisation rigoureux mesure le cours des actions par rapport aux bénéfices lissés sur dix ans, permettant de détecter mathématiquement quand l’euphorie s’écarte dangereusement des fondamentaux

Une IPO à succès comme celle de SpaceX valide totalement la thèse de Shiller : le prix payé est le reflet d’un narratif viral puissant.

2. SpaceX: Entreprise extraordinaire, valorisation délirante?

SpaceX s’apprête à faire son entrée sur les marchés avec une valorisation historique estimée à 1 750 milliards de dollars. L’entreprise vise à lever entre 50 et 80 milliards de dollars de produit brut lors de cette IPO.

Le Modèle Économique est centré sur Starlink. En effet, si les fusées fascinent, le cœur de sa rentabilité future repose sur Starlink, son réseau mondial de satellites. C’est la seule division rentable, véritable « machine à cash » avec 11,3 milliards de dollars de revenus et 4,4 milliards de bénéfice opérationnel. Le segment « Espace » (Starship) reste déficitaire et la fusion récente avec xAI a transformé l’entreprise, auparavant rentable, en société déficitaire de près de 5 milliards de dollars.

En restant factuel, la valorisation interroge. 1 750 milliards, c’est près de 97 fois le chiffre d’affaires estimé de 2026 de 18 milliards, pour une entreprise qui perd encore de l’argent. Pour justifier une telle valorisation, il faudrait une croissance exponentielle de l’entreprise ! Mais comment croitre sur un segment relativement limité qui est le spatial? Difficile d’imaginer d’avoir des centaines de millions de clients…

Enfin reste la position concurrentielle : SpaceX jouit d’un monopole de fait sur les lancements commerciaux, devançant largement ses rivaux. Toutefois, d’autres acteurs puissants comme Amazon proposent des alternatives. Ce qui à long terme, pèsera sur les marges commerciales.

3. Quel impact pour les porteurs d’ETF ?

Face à de tels montants, de nombreux épargnants craignent que la gestion passive ne serve de « liquidité de sortie » aux investisseurs historiques en achetant un titre surévalué. Dans son article de blog intitulé « How Much Will SpaceX Actually Cost Your Index Fund? », le célèbre blogueur et data scientist Nick Maggiulli démontre mathématiquement que cet impact reste marginal.

Puisque les indices pondèrent les entreprises selon leur capitalisation flottante (l’argent réellement mis sur le marché lors de l’IPO, soit 75 milliards), SpaceX ne représentera qu’une fraction infime des portefeuilles:

  • 0,11 % d’un indice global américain (comme le VTI). Pour 100 000 € investis, seuls 110 € seront exposés à SpaceX
  • 0,68 % pour l’indice Nasdaq 100 (le QQQ) [

Même si le titre s’avérait surévalué de 50 %, la perte finale pour un investisseur diversifié ne serait que de quelques dizaines d’euros. C’est la magie de la diversification.

Conclusion : pourquoi je ne souscrirai pas à l’IPO SpaceX

En tant qu’investisseur discipliné, je garde en tête le célèbre adage de Benjamin Graham : « Price is what you pay, value is what you get » (Le prix est ce que vous payez, la valeur est ce que vous obtenez).

Au prix actuel, SpaceX est valorisée comme si tous ses projets futurs étaient déjà des succès parfaits, sans aucune marge d’erreur. Si l’on calcule le temps nécessaire pour rentabiliser un tel investissement au regard des flux de trésorerie actuels de l’industrie, il faudrait des décennies de croissance ininterrompue sans le moindre crash pour simplement récupérer sa mise de départ.

Je passerai donc mon tour sur cette introduction. Ma stratégie reste inchangée : la bourse est un levier d’enrichissement de long terme, à condition d’acheter de la valeur réelle, et non de l’euphorie passagère.

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Tanguy
Caradec
Animé par la passion, ma mission est d’aider le maximum de gens à mieux gérer leur patrimoine.

Depuis 2014, je partage mes connaissances sur l’investissement et les meilleurs produits du marché. Depuis 2025 je suis officiellement Conseiller en Gestion de Patrimoine, accrédité par l’AMF.
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